Le problème : ça ne se voit pas
L'idée qu'un site piraté affiche une tête de mort et un message de rançon vient des films. Dans la réalité, une intrusion réussie cherche à passer inaperçue le plus longtemps possible — c'est tout son intérêt. Le site continue de fonctionner, vos pages s'affichent, rien ne semble anormal.
Pire : beaucoup d'attaques épargnent délibérément l'administrateur connecté. Depuis votre ordinateur, sur lequel vous êtes identifié, tout paraît normal. Le contenu malveillant ne s'affiche que pour les visiteurs venus de Google, ou seulement depuis un téléphone.
D'où l'intérêt de vérifier autrement que par un simple coup d'œil.
Les sept vérifications
1. Cherchez votre site sur Google
Tapez site:votredomaine.fr dans Google. Vous verrez la liste des pages que Google
connaît chez vous. Faites défiler : des pages en langue étrangère, des titres qui
parlent de produits que vous ne vendez pas, des adresses que vous ne reconnaissez
pas sont un signal sans ambiguïté.
C'est la vérification la plus efficace, et elle prend une minute.
2. Regardez si Google affiche un avertissement
Cherchez votre entreprise normalement. Si un message du type « Ce site est dangereux » ou « Site trompeur » apparaît, l'affaire est entendue. C'est le signal le plus tardif — quand il apparaît, l'attaque date souvent de plusieurs semaines.
3. Visitez votre site en navigation privée, depuis un téléphone
Ouvrez une fenêtre de navigation privée sur votre téléphone, en données mobiles plutôt qu'en wifi, et allez sur votre site. Vous verrez ce que voit un visiteur inconnu. Une redirection vers un autre site, une publicité qui n'a rien à y faire, une page qui s'affiche différemment : ce sont des signes classiques.
4. Demandez à vos clients si vos courriels arrivent
Si plusieurs personnes vous disent trouver vos messages dans leurs indésirables alors que ce n'était pas le cas avant, votre nom de domaine est probablement utilisé pour envoyer du spamCourriels envoyés en masse à des inconnus — souvent depuis un domaine piraté, à l'insu de son propriétaire. C'est une conséquence fréquente d'une compromission, et elle abîme durablement votre réputation d'expéditeur.
5. Vérifiez la liste des comptes administrateurs
Connectez-vous à l'administration de votre site et regardez la liste des utilisateurs. Un compte que vous ne reconnaissez pas, un ancien prestataire encore actif, un nom d'utilisateur bizarre : à traiter immédiatement.
Profitez-en pour supprimer les comptes des personnes qui ne travaillent plus avec vous. C'est une porte d'entrée classique, et elle reste ouverte des années.
6. Notez si le site est devenu lent sans raison
Un ralentissement soudain, sans que vous ayez rien changé, mérite attention. Un serveur qui envoie des milliers de courriels ou héberge des fichiers pour quelqu'un d'autre travaille beaucoup plus qu'il ne devrait.
Attention toutefois : un site peut être lent pour dix raisons parfaitement innocentes. Ce signal ne vaut qu'accompagné d'un autre.
7. Lisez les messages de votre hébergeur
Un courriel de suspension ou un avertissement pour « activité anormale » n'est pas une formalité administrative. C'est souvent la première notification officielle que quelque chose ne va pas — et beaucoup de gens la classent sans la lire.
Si un signal est positif
Trois gestes utiles, dans l'ordre, avant même d'appeler quelqu'un.
Prévenez votre hébergeur. Il peut limiter la casse immédiatement, notamment si votre serveur envoie du spam.
Changez vos mots de passe depuis un autre appareil. Si votre ordinateur est lui-même en cause, changer un mot de passe depuis celui-ci ne sert à rien.
Ne supprimez rien. C'est contre-intuitif, mais les fichiers suspects indiquent par où l'attaquant est entré. Les effacer revient à nettoyer une scène avant l'enquête : on remet le site en ligne, et il est repris quelques jours plus tard par le même chemin.
Et si un message réclame de l'argent pour débloquer vos fichiers : ne payez pas. Rien ne garantit la restitution, et vous vous désignez comme cible disposée à payer.
Ce qui aurait évité tout ça
Presque toujours la même chose : des mises à jour appliquées régulièrement, une sauvegarde testée et stockée ailleurs, et quelqu'un qui regarde les alertes. Les attaques opportunistes ne visent personne en particulier — elles trouvent ce qui traîne.
C'est un peu comme fermer sa porte à clé : cela n'arrête pas un cambrioleur déterminé, mais cela vous retire de la liste des cibles faciles. Et sur le web, la quasi-totalité des attaques cherche précisément des cibles faciles.
Un doute après ces vérifications ? On regarde votre site sous 24 h et on vous dit ce qu'il en est — que ce soit une vraie compromission ou une fausse alerte.